Le lycée César-Baldaccini bloqué à Marseille le 29 septembre 2026 ( AFP / Miguel MEDINA )
"Exaspération", "procédé antidémocratique", "honteux": alors que la mobilisation lycéenne entre dans sa quatrième semaine, la lassitude gagne du terrain parmi certains élèves et étudiants, qui en subissent les conséquences au quotidien, mais également chez les parents et personnels.
Lundi matin à Marseille, devant les grilles de nouveau closes du lycée Périer, dans le 8e arrondissement, Lucas, 17 ans, a dû rebrousser chemin. "Je ne sais pas combien de temps ça peut durer, mes parents espéraient que ce serait rouvert, à cause du bac", souffle l'élève de Terminale, à la veille d'une nouvelle journée de mobilisation nationale.
Les parents de Lucas sont loin d'être les seuls à s'inquiéter. À Paris, au même moment, quelques parents d'élèves de la cité scolaire Maurice Ravel, dans le 20e arrondissement, sont venus à la rencontre des adolescents pour leur demander de cesser le blocus.
Contactée par l'AFP, Gladys (prénom modifié), mère d'une élève de première, assure être "solidaire" des revendications du mouvement. Mais après quinze jours de blocage, elle juge que la méthode a atteint ses limites.
"Le blocage est par nature un procédé antidémocratique", estime-t-elle. Si cette stratégie a pu être utile "pour marquer un grand coup", elle considère qu'elle est désormais "extraordinairement instrumentalisée politiquement" et craint qu'elle ne pénalise avant tout les élèves les plus défavorisés.
Le lycée Sophie-Germain à Paris bloqué le 9 octobre 2026 ( AFP / LOU BENOIST )
"Le problème de ces revendications, c'est ce blocage. Depuis quand est-ce qu'on interdit aux élèves de se rendre au lycée ?", s'agace également Florence, mère d'une élève en première au lycée Voltaire, bloqué depuis deux semaines aussi, à quelques kilomètres de là. "J'en ai fait des manifestations mais on ne bloquait pas les établissements."
"En plus, les élèves qui veulent se rendre dans l'établissement reçoivent des menaces, se font huer", déplore-t-elle.
Comme celle de Gladys, sa fille s'inquiète désormais des semaines de cours annulés et de l'absence de visibilité sur une reprise normale.
"Vigilance"
De son côté, Philippine (prénom modifié), élève de terminale au lycée Lacordaire à Marseille, dit comprendre les revendications face au manque de professeurs l'année du bac et à la vétusté des salles, mais dénonce fermement la violence des blocus.
"Ils réclament plus de moyens mais brûlent les lycées", regrette la lycéenne, soulignant que si le droit de manifester existe, le devoir d'assiduité n'est pas rempli et que bloquer les accès aux portes est une atteinte "à la liberté d'enseigner et d'accéder à une éducation".
Devant l'entrée du lycée Saint-Exupéry à Marseille le 1er octobre 2026 ( AFP / Miguel MEDINA )
Dans l'enseignement supérieur aussi, les blocages suscitent des critiques.
"C'est une honte de bloquer des élèves qui souhaitent réellement étudier, pour un mouvement auquel ils ne participent pas", s'agace Clara Juillet, étudiante en première année de droit à Tours qui n'a pas pu aller à la fac depuis une semaine.
Si elle comprend les revendications, elle juge les méthodes employées "inacceptables" et "condamnables".
Son ami Joaquim de Carvalho, étudiant en médecine de 18 ans, partage ce sentiment. "Si on a des revendications, on peut manifester. Mais de là à bloquer les universités, empêcher les gens d'aller travailler, d'étudier et casser tout, c'est complètement inadmissible", estime-t-il.
Chez les personnels de l'Éducation nationale, un sentiment de ras-le-bol se fait également sentir.
Selon Jean-Rémy Girard, président du syndicat Snalc, de nombreux enseignants "comprennent le fond" des revendications, mais certains jugent que "ça commence à faire longtemps". Les violences, notamment envers les personnels, et les dégradations nourrissent "beaucoup d'inquiétudes".
Karile Richard, proviseure de la cité scolaire Carnot à Paris et secrétaire générale adjointe d'ID-FO, fait part de son côté de son "épuisement" après deux semaines de blocages.
Présente "à 06h30 tous les matins" devant l'établissement pour prévenir les débordements et assurer la sécurité des personnels, elle décrit une "vigilance de tous les instants".
Globalement, il y a une "exaspération" croissante des équipes et de ses confrères face à un mouvement qui s'installe, souligne-t-elle.
Face aux inquiétudes de certains élèves, elle estime que les heures de cours perdues n'auront pas trop de conséquences "s'il n'y a pas d'autres blocages".
Rien n'est moins sûr. "Apparemment il y a des choses qui se préparent déjà pour la rentrée", s'alarme Gladys.

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